UpalaTrek : GR738_Haute Traversée de Belledonne

GR738
Haute Traversée de Belledonne
D'Aiguebelle (73) à Vizille (38) par les alpages et les crêtes !

  • Jour 1 : Aiguebelle - Bourget-en-Huile (18km / 05h15 / 1317D+ / 710D-)

Au départ de la gare d'Aiguebelle, je me rends vite compte du poids (toujours trop lourd) du sac à dos. Je traverse le petit village après avoir croisé moins de cinq personnes. Je gagne rapidement une petite route qui mène à la lisière de forêt. Ça y est, après tant d'heures à préparer le tracé à suivre, à lire les récits d'autres randonneurs sur ces chemins, voilà mon tour venu d'affronter ce redoutable GR dont la difficulté ne m'effraie pourtant pas (pour l'instant).

 

Après quelques kilomètres en sous-bois, un verger m'offre quelques pommes acides et poires farineuses. Tant pis, c'est toujours un peu de sucre pour le reste de la journée. Il a manifestement plu le matin, la chaleur et l'humidité remontent du sol et mon t-shirt est rapidement trempé de sueur. A vrai dire, malgré la motivation et une forme olympique, je suis rapidement essoufflé, gagner de l'altitude se fait à petits pas et mes jambes ne semblent pas comprendre l'effort demandé.

 

La signalisation des chemins à emprunter est parfaite, chaque intersection est précédée ou suivie du marquage de la Fédération Française de Randonnée Pédestre, je consulte tout de même mon TopoGuide pour appréhender les difficultés à venir.

 

Je salue Honorine et Hipollyte à l'entrée de Rebuffet et poursuis mes efforts jusqu'au Fort abandonné de Montgilbert. Le lieu est étrange, l'idée m'effleure d'explorer le site mais je me ravise vu l'atmosphère oppressante qui y règne. Je gagne ensuite l'ancienne Batterie de Roche Brune et son refuge non gardé accolé. Trop tôt pour penser à trouver un lieu pour la nuit.

 

Après cinq heures de marche et de bonnes montées qui ont eu raison de mes mollets, je pose la tente en bordure de sous-bois dans un endroit calme. Je n'ai croisé personne de la journée.

 

Pour fêter cette première nuit, je précède le repas d'une dose de Ricard et m'endors rapidement.

Après un GR441 court mais intense, je souhaitais me confronter à un trek plus long, au dénivelé important et aux paysages déroutants. Quelques recherches plus tard, mon choix se porte sur la Haute Traversée de Belledonne, donnée comme l'un des GR les plus difficiles d'Europe et comparable au mythique GR20.

 

Je pars donc en Septembre 2021 en autonomie complète pour 11 jours, sachant pertinemment que je vois large ! Le sac est pesé à 13 kilos au départ, sans eau.

  • Jour 2 : Bourget-en-Huile – Refuge de la Perrière (15.5km / 06h15 / 1646D+ / 735D-)

Comme le reste de la semaine, je me réveille à 05h15 pour pouvoir partir dès le levé du soleil avec une luminosité suffisante pour me repérer. Une tasse de café et un lyophilisé de muesli avalés, je plie la tente, range tout le matériel dans le sac et reprends la route.

 

Ça grimpe fort dès le début et j’en prends note pour les jours suivants ! Je ne dois pas m’arrêter bivouaquer au pied d’une ascension pour le lendemain. Je gagne rapidement en altitude et bien que la forêt soit toujours le principal environnement, quelques plaines dégagées m’offrent les premiers cols et sommets au loin. Dimanche oblige, je croise de nombreux promeneurs à la journée qui ont visiblement un sac plus léger.

 

Au refuge d’Arbarétan vers midi, je mange un sachet de fruits secs et un autre de bœuf séché. Je fais la rencontre d’un guide de haute montagne qui prend également la pause avec son groupe de randonneurs. Très sympa le type, il m’avertit que les jours suivants vont être rudes mais que la récompense est à la hauteur des efforts fournis. Point météo, pas de vent et le soleil tape fort (j’ai oublié la crème solaire).

 

Poursuivant mon chemin, débutent enfin les champs de myrtilles qui s’étendent à perte de vue. Ces délicieuses baies m’accompagneront jusqu’au dernier jour, mettant mes intestins à l’épreuve.

 

Je passe par quelques cabanes et refuges pour finir la journée à celui de la Perrière. Deux frères sont déjà arrivés et nous nous retrouvons à 14 en vue d’y passer la nuit. Pas d’intimité, tout le monde se débarbouille au lavoir et étend son linge dans la pièce commune. Nous mangeons dans la bonne ambiance, chacun y allant de son expérience sur d’autres GR, treks mythiques ou randos à l’étranger. Tout le monde a un sacré niveau, loin du mien !

 

Nous terminons le repas au whisky apporté par les Belges et rapidement j’ai l’impression que nous nous connaissons depuis des années.

 

Nous passons la nuit dans le dortoir (mes boules Quies me sauvent la vie), à ma droite une femme seule d’une cinquantaine d’année et à ma gauche un mastodonte qui ne cesse de remuer.

  • Jour 3 : Refuge de la Perrière – Le Praillet (24km / 08h00 / 1655D+ / 2360D-)

Après une nuit agitée, nous déjeunons ensemble et chacun part à son rythme (les Belges ont visiblement du mal avec le whisky). Je me fais la promesse de dormir sous la tente les nuits suivantes.

 

La matinée est une succession de petits cols sur un cheminement en balcon avec une vue permanente sur les sommets voisins et le sentier qui s’étire à flanc de massif. Le mélange de petits alpages, de pierriers et de buissons est splendide, longeant les lignes de crête en permanence. J’y suis, EN-FIN !

 

J’arrive aux Férices un peu fourbu. Cette étape magnifique se mérite, le chemin depuis le refuge est certes un balcon magnifique mais parfois en dévers avec des racines et des pierriers qui l’entrecoupent dans une succession de montées et descentes. La chaleur n’arrange rien, je sens que mon nez est déjà frappé d’un coup de soleil. Les Férices sont un véritable coup de cœur. En bordure d’un petit cirque se niche le refuge qui se fond à merveille dans le paysage et bénéficie d’un point d’eau à la fraîcheur glaçante bienvenue !

 

Ces paysages enchanteurs que j’ai tant admirés sur les blogs de randonneurs, en vidéos sur Youtube et dans les revues spécialisées s’offrent enfin à moi, je suis aux anges. L’émotion est telle que je ne peux m’empêcher de faire des photos tous les dix mètres face à tant de beauté, de liberté et un agréable sentiment de solitude.

  • Jour 4 : Le Praillet – Refuge de la Petite Valloire (23km / 09h00 / 1857D+ / 1273D-)

Face à tant de beauté, j’ai du mal à retenir mon allure, pressé de découvrir les cirques et cols à venir. Je marche bien, les jambes et pieds tiennent le rythme et aucune ampoule à l’horizon. Je décide d’allonger les étapes prévues tant que tout va bien.

 

J’avale donc les kilomètres de la journée sans trop de difficulté. Ça monte toujours puis redescend tout autant quelques kilomètres après. C’est parfois rageant de difficulté et le mental est mis à rude épreuve malgré les récompenses qui viennent adoucir les mœurs.

 

Au loin, j’entends des tintements de cloches qui annoncent un troupeau. Je finis par apercevoir une centaine de chèvres encadrées par cinq patous qui s’agitent en tous sens. La réputation de ces chiens n’étant plus à faire et tristement célèbre dans le massif, je fais un détour de plusieurs kilomètres à travers les buissons de myrtilles pour ne pas affronter les gardiens à quatre pattes.

 

Après quelques cols, crêtes et combes, j’arrive au refuge de la Petite Valloire , fatigué.

 

Le refuge est petit et jusqu’à la tombée de la nuit je suis seul. Un brin de toilette au lavoir et mes habits en train de sécher, je passe le temps à feuilleter le livre d’or laissé dans le refuge. Tous les randonneurs sont unanimes, il est envahi de souris qui prennent plaisir à manger tout ce qui s’y trouve, allant du sac de rando, aux provisions, chaussettes, duvets…

 

Pendant que je pose ma tente à proximité du refuge mais hors de portée des souris, je suis rejoint par la femme d’une cinquantaine d’années qui a dormi à mes côtés il y a deux jours. Nous discutons tout en mangeant et nous sommes visiblement sur la même longueur d’onde. Nous sommes ici pour couper avec la frénésie de nos quotidiens et profiter de ce que la nature peut nous offrir de plus beau.

 

Elle dormira dans le refuge, sous les couvertures mises à disposition. Au réveil pas de dégât constaté, nous avions tout pendu au plafond à des crochets !

  • Jour 5 : Refuge de la Petite Valloire – Col de l’Aigleton (23km / 07h50 / 1890D+ / 1622D)

Toujours décidé à doubler les étapes journalières, je quitte le refuge tôt et je remarque que Jeannette (je ne sais pas comment elle s’appelle) a déjà repris la route. La journée s’annonce difficile, le TopoGuide mentionne le franchissement de plusieurs cols exigeants pour rejoindre les lacs des Sept Laux. Il faut repasser par la forêt et je ne m’attendais pas à ce que ma progression soit freinée à ce point. Le dénivelé est important, le sol est gras et jonché de milliers de racines glissantes. C’est dur pour les jambes et le mental. Vraiment. Suit une ascension encore plus abrupte et difficile entre les rochers, certains passages nécessitant de s’aider de cordages pour grimper. J’ai besoin de faire des pauses tous les vingt mètres et malgré ce rythme fractionné, je dépasse Jeannette qui semble autant en peine que moi.

 

Vers 14h00, j’atteins enfin le col des Sept Laux et ses lacs magnifiques. Le décor est enchanteur et valait la peine de tous ces efforts. Malgré mes sachets de lyophilisé, je m’accorde un saucisse-lentilles au refuge face à un panorama exceptionnel (10 euros tout de même, ravitaillement par hélicoptère oblige).

 

Le plein d’énergie effectué, je repars sur les chemins longeant ces lacs, m’éloignant peu à peu de ce lieu magique pour gravir le Col de la Vache qui culmine à plus de 400 mètres de ma position. C’est reparti pour de longues heures d’ascension, la digestion ajoute de la difficulté et je manque de rejeter mon plat trop gras à plusieurs reprises. J’imagine Jeannette et sa cinquantaine d’années sur cette portion… Je ne la recroiserai d’ailleurs pas jusqu’à la fin du trip.

 

En haut du col, je suis accueilli par un vent glacial et la fatigue m’oblige à prendre une pause d’une demi-heure dans des conditions difficiles. Fidèle à Belledonne, le chemin redescend aussi sec à travers des rochers escarpés pour mener à un cirque d’une beauté incroyable puis au col de l’Aigleton où je poserai la tente.

 

La nuit est fraîche, le vent et les nuages bas annonciateurs d’une météo changeante pour le lendemain. En attendant, les éléments ne me réveillent pas, trop harassé par cette journée.

  • Jour 6 : Col de l’Aigleton - Col de la Pra (19km / 08h00 / 1942D+ / 1888D-)

Le réveil est difficile à cause de la pluie qui m'oblige à déjeuner, m'habiller et préparer le sac à sous la tente. Trempée, elle rend le sac plus lourd et je sens que la journée sera longue, le brouillard et le vent frais n'arrangent rien.

 

Progresser sur des rochers humides s'avère risqué et chaque pas se doit d'être assuré. Plusieurs cols à franchir rendent l'exercice éreintant, y compris sur les chemins plus "roulants" où l'eau ruisselle. Marcher dans ces conditions me fait transpirer autant que sous un soleil de plomb, ma veste de pluie pas vraiment adaptée et non respirante fait étuve !

 

Les paysages sont moins spectaculaires puisque je ne vois rien à cinquante mètres. C'est dur mais qu'est-ce que c'est bon ! Je me dépasse et sors franchement de ma zone de confort. Je ne suis pas défaitiste et profite quand même de la situation. Si je parviens à garder ce rythme soutenu, demain sera ma dernière journée sur le GR. Un record ou défi personnel qui me rassure sur mes conditions physiques et mon mode de vie majoritairement sédentaire.

 

Des accalmies partielles me permettent d'admirer quelques paysages entre deux cols, des marmottes à profusion, des familles de bouquetins et chamois. Mon objectif est d'atteindre le refuge gardé de la Pra, synonyme d'un repas copieux et d'une nuit au chaud et au sec ! Ce n'était sans compter sur la présence d'une colonie de vacances qui a comblé toutes les places disponibles... Ce sera donc une autre nuit sous la pluie, à l'abri dans ma tente qui tient toujours bon malgré les conditions difficiles.

  • Jour 7 : Col de la Pra - Vizille (26km / 06h30 / 627D+ / 2539D-)

Contrairement à la veille, je me réveille sous un ciel dégagé et sans vent. Il a tellement soufflé cette nuit que la tente est sèche ! J'en profite pour étendre les habits encore humides et faire un brin de toilette avec l'eau d'une tourbière toute proche.

 

Mes jambes sont en pleine forme. Malgré l'humidité constante de la veille et des chaussettes trempées, aucune ampoule à signaler ! Tous les signaux sont au vert pour terminer le GR en milieu d'après-midi si je parviens à conserver l'élan qui m'anime depuis deux jours.

 

Après quatre heures de marche, je quitte définitivement les cols alpins et me dirige tranquillement vers Chamrousse qui dessert une forêt à traverser sur plus de quinze kilomètres. Ça descend fort sur plus de 1900 mètres de dénivelé négatif... Autant dire qu'avec la pluie de la veille, l'exercice est périlleux et je joue les équilibristes au grand dam de mes genoux et chevilles. Quelques averses viennent ponctuer la journée au cours de laquelle je manque de m'étaler une cinquantaine de fois.

 

L'arrivée à Vizille est autant un soulagement qu'une déception...

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