GR67
Tour du Pays Cévenol
Une boucle dans les drailles Cévenoles entre Gard et Lozère en 3 jours et demi.
- Jour 1 : Anduze – CampBarrat (27.76km / 6h15 / 1118D+ / 358D-)
Après 4 heures de route, il est 7h45 lorsque je stationne la voiture sur la place Foirail à Anduze. A 8h00, je fais mes premiers pas sur le GR67 bitumé, le temps de gagner un peu de hauteur pour quitter la civilisation. Une longue alternance de chemin et de départementale me mène jusqu’à St-Félix-de-Pallières qui apparait plus impressionnant sur la carte. Un ancien bureau de Poste transformé en café associatif fermé (Féliz Café) ouvre le village puis un regroupement de maison et un ruisseau à sec m’accueillent. Le cimetière précédant l’ensemble ne disposant pas de point d’eau je commence à penser logistique…
Le manque de sources d’approvisionnement en eau sera la plus grande difficulté de ce trek, rendant certaines heures particulièrement pénibles pour le corps et l’esprit.
Deux heures après St-Félix, je débute une ascension douce mais permanente à travers les bois pour gagner Colognac. Quelques points de vue et curiosités historiques commencent à agrémenter le cheminement (notamment un temple protestant et de nombreuses ruines). A Colognac, le café est fermé (encore un !) mais la Mairie laisse à la disposition des randonneurs un coin toilettes avec un lavabo et… un banc abrité du soleil ! Je profite d’une pause pour alourdir mon sac de 3 litres d’eau, souffler un peu et écouter ce silence plaisant.
Ces vingt premiers kilomètres de mise en jambe me rassurent et je compte bien pousser plus loin pour trouver le coin de bivouac idéal. Je reprends donc mon chemin en pente douce et sans difficulté particulière, principalement en sous-bois et sur des drailles qui, je le sens, vont se montrer cruelles avec les chevilles et les genoux au fil des jours.
La progression jusqu’au Col des Fosses se fait sans encombre et j’atteins sans peine "Les Fosses aux Loups" . Ce petit site tenu par Alexandra et Jeremy propose chambres d’hôtes, yourtes et cabanes dans un environnement atypique avec une vue sublime sur la vallée Cévenole. Quelques bières fraiches plus tard, Jeremy me conte les milles péripéties de sa vie puis l’Histoire de cette rude région. J’ai l’envie de passer plus de temps en sa compagnie mais la pause de deux heures ne peut s’éterniser plus longtemps. Sur les conseils du personnage, je poursuis donc mon chemin d’un bon kilomètre pour bivouaquer au Camp Barrat que j’imagine très similaire à Hobbiton. Le panorama est enchanteur et je monte ma tente sous un chêne plusieurs fois centenaire. Cette première journée est une belle étape pour une reprise printanière et je m’endors le ventre plein vers 20h30, bercé par le vent qui ne faiblira pas de la nuit et des hululements incessants au dessus de ma tête.
C’est un peu dans la précipitation que mon besoin d’évasion m’a orienté sur le GR67 fin avril 2023, rendant la préparation incertaine vu le peu d’informations disponibles sur internet contrairement à d’autres sentiers sur-documentés et possiblement trop fréquentés. La traditionnelle commande de lyophilisé reçue, il ne me restait plus qu’à rejoindre la ville d’Anduze aux aurores.

- Jour 2 : Camp Barrat – Col du Marquaires (33.73km / 7h44 / 1259D+ / 1022D-)
Fidèle à mes habitudes, il est 05h00 lorsque j’ouvre les yeux. Petit-déjeuner avalé, tente repliée (l’avantage du vent c’est que la condensation est inexistante), j’attaque la journée à 07h00 par une longue piste forestière sans difficulté. Ni grand intérêt. Ce sera d’ailleurs le thème principal de la journée… Certes très roulantes, elles n’offrent que peu de place à l’émerveillement paysager.
Je dépasse les Cols de Lougarès et Fageas avant d’arriver non sans peine à celui de l’Asclier. A sa descente est censée se trouver un source que je ne trouve pas (à droite sous le pont). Je suis sûrement un peu sonné par la descente du col et d’une draille plutôt tyrannique pour les articulations ! Je poursuis donc mon chemin après avoir été surpris par la statue d’un berger et grimpe jusqu’au Col du Pas non sans peine une nouvelle fois. Je commence à ressentir le manque d’eau et ça devient une obsession. Une nouvelle fois, de belles ruines agrémentent le chemin et le rendent très attrayant.
L’arrivée au Col d’Aire de Côte est un soulagement puisqu’un petit carré de verdure est équipé de toilettes sèches et d’un robinet ! Je descends quelques gourdes avant de faire le plein d’eau et fini par manger sur place. J’en profite également pour faire un brin de toilette. C’est une libération !
Je fais également la rencontre de trois randonneurs, également sur le GR. L’un débute et les deux autres qui l’accompagnent ont l’air plus aguerris. Comme toujours dans cette situation, les présentations faites, nous échangeons sur le tracé et parlons vite matériel. Ils ont l’air surpris de savoir que je suis parti d’Anduze la veille, ce qui me fait une demi journée d’avance sur leur propre rythme. L’essentiel est d’avancer…
Je quitte l’Aire de Côte à 15h00 après une sieste rapide et rejoins le chemin chahuté par des travaux dans le secteur. Malgré un balisage irréprochable, j’emprunte le mauvais sentier avant de faire demi-tour au bout de 2 bons kilomètres de descente. Je râle et remonte péniblement. Je râle encore lorsque je découvre que le panneau de direction était couché dans l’herbe et qu’un peu d’attention m’aurait évité ce détour !
Je commence à penser bivouac lorsque j’arrive au Col de Salidès, traversé par une départementale. Je compte bien poursuivre un peu plus loin mais le sentier se dresse tel un mur face à moi. Bien qu’ils soient partis avec deux heures d’avance, j’aperçois au loin le groupe de trois randonneurs en train de gravir péniblement cette belle côte. Au bout d’une bonne heure d’ascension pour deux malheureux kilomètres, j’atteins un sublime plateau qui domine la vallée. L’endroit est idéal pour poser la tente et je vois que les compères ont fait de même une centaine de mètres plus loin. Comme la veille, 20h30 signe la fin des festivités et une longue nuit sous le vent toujours aussi virulent.
- Jour 3 : Col du Marquaires – Plo de Cabanelle (41.59km / 9h11 / 1042D+ / 1402D-)
Après une nuit agitée en raison de fortes rafales de vent, départ à 07h00 avec une motivation à toute épreuve. Le sac me parait moins lourd, tout comme les jambes ! Je me fixe pour objectif d’atteindre les environs de Saint-André-de-Lancize en fin de journée.
Le premier checkpoint est le village de Barre-des-Cévennes que j’atteins sans grosse difficulté. Le dénivelé est raisonnable, le terrain agréable et quelques points de vue permettent d’oublier la difficulté de certaines drailles qui fusillent toujours autant genoux et chevilles. Arrivé à destination, je me rends vite compte que le village est moins attrayant que sur la carte. Nous sommes le 2 mai, les rares commerces sont fermés et l’épicerie multi-services également. Je rêvais d’un vrai café et d’un croissant, tant pis. Je ne m’attarde pas dans cette rue linéaire sans intérêt pour l’estomac et continue sur un petit sentier forestier qui longe une départementale interminable. Le soleil tape fort et la réverbération du bitume fait vite monter la chaleur. Je suis rapidement trempé.
Surplombant Saint-André-de-Lancize, j’imagine la réalité d’une vie aussi isolée de tout. Le lieu-dit « Les Ayres » étant le seul point de ravitaillement en eau connu, je chemine donc jusqu’à cette destination par des balcons sympathiques. Nouvelle désillusion sur place ! Le gite est fermé, la baraque de restauration rapide aussi et le robinet d’eau à destination des randonneurs n’a pas encore été installé par la Mairie… C’est donc grâce à la générosité de Jean-Claude, un habitant du hameau, que je peux faire le plein dans sa cuisine. Les présentations faites à Fidji, son chien de berge assez impressionnant, nous buvons un café et je l’écoute me conter les péripéties de sa vie et la rudesse du climat local. Tout comme Jeremy lors de mon arrêt à « La Fosse aux Loups », je prends conscience de la chance d’habiter dans une grosse agglomération pour les aspects pratiques de la vie quotidienne !
C’est avec une bière offerte par mon hôte que je reprends mon chemin en direction du Col du Serre de Pradel. Mais avant il faut franchir une draille forestière où l’engagement est mis à rude épreuve. A chaque sommet que j’imagine être le dernier, un nouveau se dessine à l’horizon et leur succession me prends mes dernières forces ! La descente se fait sans trop réfléchir, au fil de quelques points de vue agréables qui me permettent de justifier une pause, notamment à hauteur du Col de Prentigarde.
Il est 18h00 lorsque j’arrive sur un spot pour la nuit qui me parait idéal. Un peu d’observation et je remarque que les sangliers doivent se faire plaisir dans le secteur, tout le sol est retourné et des déjections ornent le seul lieu plat. Je décide de poursuivre jusqu’au Col du Serre de Pradel que j’atteins vite malgré la fatigue qui commence à s’accumuler. Comme le sentier se poursuit en forêt escarpée, il me faut encore tourner une bonne heure avant de jeter mon dévolu sur un petit coin de verdure. Le lieu n’est pas spécialement glamour mais les 41 kilomètres parcourus ont eu raison de moi.
La bière offerte par Jean-Claude me fait du bien et c’est plutôt détendu mais harassé que je débute une longue nuit.
- Jour 4 : Plo de Cabanelle – Anduze (27.38km / 5h59 / 500D+ / 1133D-)
Réveillé de bonne heure, je suis en marche à 06h30 conscient des quelques derniers kilomètres qui me séparent d’Anduze. La première étape est le village de Miallet mais avant, je dois descendre une draille particulièrement difficile à travers la garrigue. La signalisation du GR est parfois masquée par la végétation et c’est avec peine que je slalome entre les roches et buissons piquants. Au bout de dix kilomètres de marche et la draille enfin derrière moi, je ressens les efforts de la veille !
La traversée du hameau des Aigladines est vraiment agréable et j’en profite pour faire un bout de chemin avec Henry. L’homme frôle les 70 ans et l’air Cévenol lui fait manifestement du bien ! Il marche vite malgré ses petites baskets. Il se rend aux Aigladines pour poster une lettre dans l’unique boite du hameau et en profite pour me faire un point historique du secteur.
Après la descente d’une draille schisteuse, l’arrivée à Mialet se fait sans difficulté et le balisage me mène jusqu’à un robinet et des toilettes à disposition des voyageurs. Prenant le temps de me perdre dans les petites rues fleuries du village, je me dirige vers Anduze en suivant uniquement le Gardon de Mialet dont le débit est assez inquiétant pour cette période l’année.
Les paysages sont sublimes et quelques maisons sortent vraiment du lot. Bercé par le bruit de l’eau, je décide de prendre le temps de déjeuner au bord de la rivière. La rive sur laquelle je me trouve est sablonneuse et sur celle d’en face, je repère un spot parfait pour lézarder au soleil sur une dalle parfaitement plate. Ni une ni deux, chaussures au cou et aidé de mes bâtons, je traverse le Gardon dont l’eau arrive à hauteur des genoux. Avant le repas, j’en profite pour me baigner (et me laver !).
Les trois derniers kilomètres avant Anduze ne sont pas les plus sympathiques puisqu’ils se font sur la départementale qui dessert la ville. Certains passages étroits m’obligent à me coller au parapet qui surplombe le Gardon mais je sens que les voitures qui me dépassent sont tout de même très proches.
A 13h30, je retrouve sans peine ma voiture et, une fois débarrassé du sac et de mes chaussures, je file au bar qui fait face à la place pour la traditionnelle pinte de récompense.
LE BILAN
Difficile GR en ce qui concerne la gestion de l’eau et son climat incertain soumis au vent permanent. Quelques passages difficiles probablement causés par le nombre de kilomètres des étapes effectuées m’auront toutefois éprouvé. La beauté du panorama est réconfortante et vient amplement chasser les nombreux kilomètres effectués sur le bitume !
Je n’ai donc croisé que trois randonneurs sur ce GR confidentiel et pour lequel les locaux se battent pour un peu plus de reconnaissance et publicité. Je souligne le balisage parfait tout au long du chemin, un grand merci aux bénévoles !
Écureuils et sangliers ont ponctué mon chemin effectué rapidement, non pas pour la performance mais par emploi du temps serré et comme toujours, l’envie de me dépasser, de me faire un peu mal avant de retrouver la civilisation.






































